La grotte de Bruniquel, un site archéologique exceptionnel

Première étude 1992-1995

La grotte de Bruniquel a été découverte par un membre du club en 1990. La désobstruction de l’entrée, grande comme un terrier de lapin, a livré un accès à une très belle cavité, longue d’environ 500 m, riche d’un passé paléontologique et surtout archéologique, avec une structure réalisée par l’Homme préhistorique.

La structure réalisée en stalagmites brisées et agencées.

Il a cassé des stalagmites et les a agencés en un grand cercle et d’autres plus petits. Une première étude a été effectuée en 1992-93 sous la direction du regretté François Rouzaud, alors conservateur en chef du patrimoine de Midi-Pyrénées. La grotte est fermée pour études scientifiques avec l’accord de son propriétaire. Il est toutefois possible de visiter la salle consacrée à cette cavité aux châteaux de Bruniquel.
Les gorges de l'Aveyron en amont de Bruniquel
Les gorges de l’Aveyron en amont de Bruniquel

Description de la cavité

La plus grande partie des 25 premiers mètres était comblée pratiquement jusqu’à la voûte. Aux deux-tiers de ce parcours s’ouvre une petite salle déclive. Quelques ossements d’animaux fouisseurs subactuels sont présents à la surface du sol. A l’extrémité du conduit, une étroiture débouche en haut d’un éboulis qui domine de 15 mètres une première salle où de nombreux ossements divers jonchent le sol et où les bauges à ours, nombreuses, sont les mieux conservées.

Dans la grotte

La galerie qui suit, spacieuse et très concrétionnée, se prolonge sur près de 500 mètres. Le sol argileux est souvent recouvert d’une épaisse couche de calcite. Des bauges à ours ou des piétinements de ces mêmes animaux sont nettement visibles sur les surfaces argileuses mais peu d’empreintes demeurent lisibles. On note toutefois de belles griffades dont certaines sont très spectaculaires.

La salle de la structure

A 350 mètres de l’entrée, dans uns vaste salle, un nombre impressionnant de concrétions brisées sont rassemblées pour former une grande structure ovoïdale principale. Une petite structure annexe y est accolée.
Au-delà de cette salle, la galerie reprend ses dimensions. Un tas de guano témoigne de la présence d’une ancienne colonie de chauves-souris. Dans la zone terminale, incomplètement topographiée pour des raisons de conservation, les remplissages argileux sont recouverts de griffades d’origines diverses. L’ours est toujours bien présent et des empreintes de pelage sont imprimées dans l’argile. Plus loin, un passage sablonneux est labouré par le va-et-vient de ces plantigrades au point que nous l’avons baptisé « L’autoroute à ours ».

Squelette topographique du réseau.

Paléontologie

ÉBOULIS ET SALLE DES BAUGES

En 1992, la cartographie et les relevés de surface, réalisés par l’École Vétérinaire de Toulouse, ont permis d’identifier une quarantaine de bauges à ours et de nombreuses espèces animales :

Aurochs
Blaireau
Castor
Cerf
Chat
Chevreuil
Chiroptères
Lapin
Lérot
Lièvre
Loir
Loup
Oiseau
Our brun
Renard
Renne
Serpent
Sanglier

Bauges à ours dans la salle des Bauges

Squelette de serpent sub-actuel

Omoplate d'ours

Tête de cerf avec une ramure

Cervidé

Os d'une patte d'oursOs d’une patte d’ours

Une bauge, à l’écart du balisage, a fait l’objet d’une fouille approfondie. Elle a livré des ossements très fragmentés et dans un mauvais état de conservation. Ils appartiennent à deux ours de taille différente. Ainsi, une bauge pouvait être réutilisée, le dernier occupant repoussant un peu les ossements du locataire précédent !

SALLE DES FISTULEUSES

La salle des Fistuleuses

Une arche de roche plus basse marque le passage à la salle des fistuleuses.
Dans cette zone intermédiaire on note la présence de deux anciens tas de guano qui correspondent à deux nichées de chiroptères localisées dans des coupoles du plafond.

Empreinte d'ours

Sur 1,20 mètre environ, au-dessus de plusieurs bauges, la paroi est salie par le frottement des ours. Plus haut, de nombreuses griffades sont bien visibles en éclairage rasant.

Cartographie de la salle de la structure

La cartographie de cette salle a été réalisée dans des conditions identiques et par la même équipe, en 1993.
Moins riche que la précédente du fait d’un recouvrement important de calcite, les bauges à ours, toujours présentes, sont facilement identifiables.

Griffade d'ours sur l'argile

Sur les talus d’argile on aperçoit quelques griffades, légère mais bien lisible et l’empreinte d’un animal de la famille des félidés.

EMPREINTE D’OURS

Empreinte d'ours

Au bord du passage balisé, l’empreinte d’une patte d’ours est imprimée dans de l’argile restée plastique depuis des millénaires.

SALLE DE LA STRUCTURE

Relevé de la structure en stalagmites.

Le relevé des rangements de concrétions, réalisé en 1992, a mis en évidence l’existence d’un véritable « ensemble architectural ».

Relevé de la structure en 1992

Sur le plan d’ensemble de la salle, réalisé en 1993, l’organisation volontaire des concrétions constituant les deux structures apparaît clairement en position centrale alors que la disposition aléatoire des autres concrétions liée au milieu naturel, au passage des ours ou à tout autre événement (même lié à une présence humaine) s’exprime depuis les limites extérieures des structures jusqu’aux parois.

Le "foyer" principal de la structure

Plusieurs traces de foyers (il s’agit ici, en hypothèse, de foyers lumineux) sont visibles sur les deux structures. Dans le foyer le plus important nous avons prélevé, pour analyse et datation, un petit morceau d’os calciné découvert lors du relevé topographique.
Il s’agit d’un morceau de radius d’ours. La datation* obtenue situe la mort de l’animal à 47600 ans, au moins, avant nos travaux.
Si ces structures sont bien contemporaines de l’os daté, nous sommes en présence de la plus vieille trace soigneusement élaborée par l’homme préhistorique en milieu souterrain profond.
Structures à but cultuel ou fonctionnel ?
Homme de Neandertal ou Cro-Magnon ?
Bien des questions encore sans réponse. Seules, pour l’instant, de nouvelles découvertes identiques en d’autres lieux nous permettront, par comparaison et par des apports complémentaires, de lever le voile sur ces mœurs trop lointaines à ce jour.

Reste d'os brûlé, probablement d'ours, daté de plus de 47.600 ans

Méthode de datation* employée.

Hélène Valladas C.N.R.S. / C.E.A.
Datation carbone 14 en spectrométrie de masse par accélérateur réalisée sur le Tandetron du Centre des faibles radioactivités (Laboratoire mixte C.N.R.S./C.E.A.) de Gif-sur-Yvette.
Tout organisme vivant (animal, végétal,…) contient du carbone 14 du fait des échanges permanents avec le gaz carbonique de l’atmosphère.
A sa mort, il n’y a plus d’apport de carbone 14 et sa teneur décroît alors régulièrement à raison de moitié tous les 5730 ans (période du carbone 14).
Il suffit de mesurer la quantité de carbone 14 résiduelle pour calculer l’âge de l’échantillon : c’est le temps qui s’est écoulé depuis la mort de l’organisme. Par exemple, pour le cas de Bruniquel, c’est la mort de l’ours qui est datée. Cet ours a été brûlé peu de temps après sa mort (brûlure sur os frais).
La limite d’application de la méthode de datation à partit du carbone 14 se situe vers 40000 ans avant le présent (7 périodes). Au-delà, la teneur en carbone 14 de l’échantillon est trop faible pour que l’on puisse obtenir un âge « fini ». On obtient seulement une limite inférieure à l’âge réel.
Ainsi, dans le cas de la grotte de Bruniquel, le mesure sur le Tandetron a montré que l’âge de l’échantillon était supérieure à 47600 ans.

GRIFFADE

Griffades d'ours dans l'argile

Peu après la salle de la structure, une très belle griffade d’ours est visible sur une paroi recouverte d’argile encore malléable. Un petit dépôt de calcite localisé à la partie supérieure des stries atteste de l’ancienneté de cet ensemble. Mais, au fait … cet ours … combien avait-il de doigts ?

CONCLUSION

Cette découverte montre que 15000 ans avant la réalisation des somptueuses « peintures » de la grotte CHAUVET, l’homme préhistorique fréquentait déjà le monde souterrain profond.
Cinquante mille ans d’oubli, 3 ans de désobstruction, 1 an de réflexion, 2 ans de relevés minutieux et une date …

L’étude de cette cavité est très loin d’être achevée. La poursuite des travaux peut nous réserver la découverte de nouveaux indices liés à une présence humaine ancienne et une vision particulière du paysage faunistique qui environnait l’homme préhistorique de la grotte de Bruniquel.

Remerciements

Dans la grotte

– à Bruno Kowalscewski, inventeur de la cavité;
– au propriétaire de la cavité qui assure sa protection et autorise les recherches;
– D.R.A.C. Midi-Pyrénées, Service Régional de l’Archéologie;
– à Yves Lignereux et Lionel Lafon (E.N. vétérinaire de Toulouse);
– à Hélène Valladas (C.N.R.S. /C.E.A. Gif-sur-Yvette);
– à tous les spéléos de la Fédération Française de Spéléologie qui ont contribué aux divers travaux de recherche et de publication et en particulier aux membres de la S.S.A.C. pour leur présence et leur aide de tous les jours sur le terrain.

François Rouzaud, à droite, discute avec Jean Clottes venu voir la structure.

– et à François ROUZAUD, Conservateur en Chef du Patrimoine et ami, disparu bien trop tôt aux yeux de tous.

Textes tirés pour partie :

  • des « Comptes rendus des recherches » 1992 et 1993 (S.R.A.)
  • et de SPELUNCA N°60, Revue de la Fédération Française de Spéléologie.
  • Topographies et photographies : S.S.A.C. / Ministère de la Culture.

EN SAVOIR PLUS :

Société Spéléo-Archéologique de Caussade